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  • valeriacarvetauteu

Peur Bleue

Dernière mise à jour : 21 avr.

Un hommage à Stephen King !



Richard rentra juste avant le crépuscule. Il gara la Mercedes dans l'allée, devant la maison. Enfin !

Il posa ses mains tremblantes sur le volant et appuya son front couvert de sueur sur le cercle de cuir. Il était vivant ! La nausée le saisit, il ouvrit la portière avec urgence et vomit sur le pavé. L’estomac encore fragile, il sortit un kleenex de son cartable et s'essuya la bouche. Dès qu’il fermait les yeux, des flashbacks fusaient dans son esprit comme autant de rêves et cauchemars. Il revivait l’accident.


Enseignant, Richard rentrait tranquillement de l'Université du Maine lorsqu'un 38 tonnes avait rejoint la route derrière lui. Le camion ne cessait de lui coller au pare-chocs ou au contraire de le doubler pour lui faire des queues de poisson, de plus en plus serrées. Cette danse macabre mettait ses nerfs dans un état lamentable. Richard se sentait si vulnérable face au géant d’acier. Un frisson glacé rampait le long de son dos. Il ne cessait de jeter des coups d'œil affolés dans le rétroviseur pour tenter d'anticiper la conduite de ce fléau de la route. Richard voyait sa dernière heure arriver et se demandait s'il n'allait pas finir au cimetière. A cette vitesse, tout est fatal… Pourquoi le chauffeur le poursuivait-il ainsi ? Richard n'avait fait aucune infraction. Par chance, la journée avait été belle et aucune brume ne s'était levée à l'orée de la nuit. A un embranchement, le poids lourd avait bifurqué vers Bangor. Richard avait vu le bolide s’éloigner avec un soulagement indescriptible et conduit les derniers kilomètres dans un état second.


Encore bouleversé, Richard sortit de son véhicule pour rejoindre le porche, d'un pas chancelant. Il passa une main hésitante dans ses cheveux noirs pour se donner contenance. Puis il réajusta ses épaisses lunettes sur son nez. Les verres en cul de bouteille lui donnaient un petit air de taupe sympathique. Il inspira et expira profondément. Il ne voulait pas inquiéter Tabitha. Elle avait déjà beaucoup souffert de son séjour à l'institut. Tabitha, c'était son rayon de soleil, son ancre, sa muse. D'un soutien indéfectible, elle l'avait toujours porté dans les épreuves. Grâce à elle, il avait réussi à combattre son addiction pour la drogue et l'alcool. Il en payait le prix aujourd’hui : il n'avait plus que la peau sur les os. Pourtant, tel un architecte préparant un chantier, il travaillait dur chaque jour, pour se retaper et surtout retrouver la confiance de son épouse. Avec sa femme, c'était comme Ça ! Leur amour était à toute épreuve.


Rasséréné, Richard introduisit la clé dans la serrure et poussa la porte de son domicile familial. Il posa son cellulaire sur le guéridon de l'entrée, et lança vers les escaliers un tonitruant :

— Papa est rentré ! Où sont mes 3 adorables monstres ?

Une cavalcade de rires et de petits pieds retentit à l'étage. Bientôt, Owen, Joe et Naomie descendirent les marches comme de jeunes chiots excités. Un torchon à la main, et un grand sourire aux lèvres, Tabitha sortit de la cuisine dans un nuage de senteurs gratinées. Une ligne verte salissait son corsage.

— Gratin au pesto ? questionna Richard, d'un air gourmand.

— Tout à fait !

Elle se colla contre lui et d'un geste tendre lui claqua un baiser sur les lèvres. Puis, elle recula d'un pas et le regarda de ses magnifiques yeux noirs. Une lueur d'inquiétude traversa son visage. Avec son intuition habituelle, elle avait deviné que quelque chose n'allait pas.

— Que s'est-il passé ? Un problème à Castle rock ?

— Non, non… Maman va bien… Je te raconterai plus tard.

La mère de Richard habitait près de chez eux. Née le 22/ 11/ 63, elle commençait déjà à souffrir de la maladie de Parkinson. Richard s’en occupait beaucoup et il redoutait une dégradation de son état. Sans un mot, Tabitha scruta le visage encore pâle de Richard, mais devant les enfants elle n'insista pas. Richard lui fut reconnaissant de ce délai. Le repas se déroula dans une bonne humeur bruyante, chacun de ses enfants essayant de prendre le dessus pour raconter sa journée.


Vers 20h30, les trois enfants se couchèrent avec une histoire et un dernier bisou. De retour au rez-de-chaussée, Richard s’installa sur le canapé. Tabitha, les jambes repliées sous elle, se plaça tout près de lui. Richard édulcora ses confidences, il préférait se vider la tête devant le petit écran et oublier le plus vite possible.

Après le film, Tabitha, à moitié assoupie, monta dans la chambre. Richard resta, pour quelques minutes encore…C’est ce qu’il prétexta, mais il sentait déjà l’insomnie lui tendre les bras… Minuit 2, minuit 4…Toujours pas sommeil ! ll voyait l’écran digital de la box le narguer par son clignotement au ralenti. Il soupira, résigné. Autant tirer profit de cette nuit et travailler sur son manuscrit !

Dans son bureau, il alluma l’ordinateur. Il chercha le fichier intitulé « Dôme » et relut le dernier chapitre. La lampe de travail diffusait un éclairage oblique qui laissait les ouvrages de la bibliothèque dans la pénombre. Richard se mit à taper quelques lignes, avant de s’interrompre, indécis. Il hésitait dans le choix de ses mots. Son regard chercha un appui autour de lui. Attiré douloureusement vers le coin de la table, le journal froissé lui rappela que désormais son pseudonyme était inutile.


L’article coupable titrait en grosses lettres hurlantes :

Un libraire a démasqué Richard Bachmann…. Incroyable, Il s’agit de Stephen King !





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